La maison brûle, regarderons-nous toujours ailleurs ? [1]
Proposition pour réveiller les consciences
28 juillet 2026 – Ne pas diffuser
A mi-juillet, nous avions déjà subi trois vagues de chaleur hors normes. Malgré les leçons tirées de la canicule de 2003 et les mesures prises, cette situation mettait les hôpitaux sous tension et l’hyperthermie causait déjà plusieurs milliers de décès supplémentaires en France[2]. Cette chaleur étouffante a été une épreuve pour la plupart d’entre nous. Puis ce sont les incendies dévastateurs qui se sont déclenchés, favorisés par les températures élevées et la sécheresse de la végétation (en forêt de Fontainebleau, dans le Sud-Ouest maintenant…). Au cœur de l’été, 2026 bat déjà les records de surfaces brûlées sur toute l’année 2022. Les conséquences sont désastreuses pour la nature, les populations, les habitations et même l’économie[3]. L’ensemble du vivant souffre terriblement de ces événements climatiques extrêmes. Littéralement, la maison brûle. Regarderons-nous toujours ailleurs ? Alors que ces canicules inédites nous frappent concrètement dans notre chair, allons-nous enfin réagir et adopter des résolutions draconiennes à la hauteur des enjeux ?
Pour l’instant, nous ne percevons aucun signe en ce sens. Bien au contraire, le 24 juin 2026, jour le plus chaud de l’histoire française, Patrick Pouyanné de TotalEnergies annonçait investir dans un nouveau projet fossile. Le 20 juillet, l’Assemblée nationale votait une loi d’urgence agricole mortifère, néfaste pour l’environnement et spécialement pour l’eau. Le samedi 25 juillet, lors du traditionnel chassé-croisé des vacances, on affichait 855 km de bouchons à travers la France… Plutôt que de ralentir face à la catastrophe annoncée, nous nous précipitons !
Comment alerter, dénoncer et agir ?
Nous ne pouvons pourtant pas dire que nous ne savions pas. Ce que nous vivons durement aujourd’hui, les scientifiques l’avaient bien prévu. Ils s’indignent, se mettent en colère. « Dommage, on ne s’est pas trompé ! » disent-ils dans un article publié dans Ouest-France. « Je ne connais aucun collègue qui ait été surpris », s’exclame la climatologue Valérie Masson-Delmotte. Marc-André Selosse, biologiste, se fâche dans un entretien sur France 24 : « Les scientifiques gueulent, s’épuisent, et la société n’écoute pas ! ».[4]
Au lieu d’entendre ces alertes, on s’enfonce dans le déni, on persévère dans des voies mortifères, dans nos modèles de développement et nos modes de vie toujours basés sur les énergies fossiles, la surexploitation et la destruction des ressources naturelles. Pire, on s’obstine à détricoter avec un acharnement infâme les mesures, orientations et avancées adoptées lors des dernières décennies. Et on criminalise les défenseurs de l’environnement.
Comment se faire entendre ? Il semble qu’on ait tout essayé. Les actions militantes classiques sont devenues inefficaces. Peut-être faut-il être plus explicite sur la dimension éthique, morale et spirituelle des enjeux… De toute façon, toutes les nouvelles idées et moyens, même s’ils peuvent paraître farfelus, sont bons à prendre.
Réveiller les consciences, appeler à une conversion en profondeur
Rappelons-nous l’histoire biblique de Ninive (Jonas 3, 1-10). Alors que cette « ville du péché » était vouée à la destruction à cause de sa corruption, le prophète Jonas la parcourut rapidement bien qu’elle fût très grande en appelant à la conversion. Il remplit cette mission sans aucune conviction. Pourtant les habitants proclamèrent un jeûne, se revêtirent de sacs en signe de repentance et abandonnèrent leurs mauvaises conduites. Alors Dieu revint sur sa décision et ainsi Ninive échappa à la destruction annoncée.
Aujourd’hui, alors que c’est le monde entier qui est dans la situation de Ninive, pourquoi n’entreprendrions-nous pas une démarche analogue à celle des habitants de cette ville corrompue, et en référence à cet épisode de la Bible ?
Manifester vêtus nous-mêmes de sacs de toile, couverts de cendre, aujourd’hui
Nous pourrions nous vêtir de sacs en toile de jute et nous maquiller de cendre. Dans l’Ancien Testament, ce sont des signes d’humiliation, de repentance, de deuil, de sentiment profond d’avoir offensé Dieu par nos péchés. Aujourd’hui, avec les méga-incendies, la cendre prend un sens nouveau très puissant : elle représente la souffrance humaine et celle de l’ensemble du vivant, elle exprime notre compassion et notre solidarité.
Avec cet accoutrement, nous pourrions nous rendre, à des moments opportuns, dans des lieux très représentatifs de la repentance et de la conversion que nous devons entreprendre : des lieux de décisions politiques et économiques, devant des entreprises développant les énergies fossiles, sur les sites de projets destructeurs, dans des centres emblématiques de la surconsommation, dans des aéroports etc.
Imaginons que nous nous manifestions en groupes de 20 à 30 personnes en différents endroits simultanément et que nous réitérions la démarche assez fréquemment, à plusieurs jours d’intervalle, en prenant soin d’informer les médias à l’avance.
Le signe serait fort, très visuel, et il comporterait clairement une dimension morale et spirituelle.
Le signe serait très interpellant. Au premier abord, les observateurs seraient déconcertés et, n’ayant probablement pas la référence biblique, ils se questionneraient sur le sens de la démarche. Une courte explication leur permettant de comprendre, ils en seraient d’autant plus marqués. Des pancartes pourraient également donner des indications sur le sens de la démarche.
Ce serait un peu comme les cercles de silences qu’on connaît déjà mais en plus visuel, plus interpellant. Et ce serait nouveau.
Comme les cercles de silences, cette action pourrait rassembler largement. La référence biblique de Jonas est partagée par l’ensemble des croyants, juifs, chrétiens, musulmans… Et même des personnes non croyantes peuvent rejoindre cette démarche s’appuyant sur la force du signe biblique.
Veiller à la clarté du message
Pour que le message passe et soit bien compris, la symbolique doit être aussi simple que possible et se résumer en quelques idées.
– Vêtus de sacs, couverts de cendre, nous rappelons la clameur de la Terre, la souffrance des hommes et de l’ensemble du vivant, nous marquons notre solidarité dans la misère du monde.
– La revendication centrale est celle de la repentance et de la profonde conversion collectives nécessaires, comme pour les gens de Ninive, en prenant bien sûr en compte les responsabilités différenciées, ce qu’on fait en ciblant les lieux de manifestation ;
– La référence biblique est également essentielle, elle place la démarche aux niveaux moral et spirituel. C’est d’un réveil des consciences et d’un sursaut spirituel dont nous avons besoin !
Bien sûr, avant de s’engager dans une telle action, il sera nécessaire de savoir répondre à quelques questions. Par exemple : en portant des sacs nous-mêmes, nous nous mettons dans la peau des habitants de Ninive plutôt que dans celle de Jonas. Est-ce pertinent ? Ou encore, comment allons-nous être compris en utilisant ce passage biblique du livre de Jonas ? Ne risque-t-on pas de nous prendre pour des illuminés ou des faux prophètes instrumentalisant la Bible ? Etc. Nous pourrons revenir en temps voulu sur ces points et sur d’autres.
Mais d’abord, nous interroger, imaginer…
Pour l’instant, écoutons simplement cet appel : dans le contexte gravissime actuel, où notre maison brûle, pouvons-nous continuer à regarder ailleurs ? Comment pouvons-nous réagir et agir véritablement à la hauteur des enjeux ? Quelle part humble mais néanmoins responsable pouvons-nous prendre dans cette action ? Et cette idée nouvelle de se mobiliser vêtus de sacs de toile, est-ce qu’elle me parle personnellement ? Quelles sont mes premières impressions à la lecture de ces lignes ? Est-ce que je trouve l’idée motivante et pertinente pour réveiller les consciences et appeler à la conversion… ou non ? Est-ce que je m’y vois ?
Faites-nous part de vos impressions, questions et motivations à contact@chretiensunispourlaterre.org
[1] Lors du sommet de la Terre à Johannesburg en 2002, Jacques Chirac avait prononcé cette phrase culte « La maison brûle et nous regardons ailleurs ».
[2] Canicule en France : 5 764 morts en excès constatées pendant l’épisode de juin, selon Santé publique France, Le Monde, 22/07/26
[3] Incendies : 220 000 personnes évacuées depuis mercredi en Gironde, où 42 000 hectares ont été ravagés ; le trafic ferroviaire interrompu au sud de Bordeaux, Le Monde, 26/07/26
[4] « Tant que l’industrie fossile continuera d’ignorer les lois de la physique, les événements climatiques extrêmes gagneront en intensité et en fréquence » affirme encore un collectif dans une tribune au Monde. « Nous assistons aux prémices d’un danger de mort environnemental » face aux chaleurs extrêmes avertit l’écologue Philippe Grandcolas sur France Info.